Aquarelliste

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    À Mademoiselle Yvonne M...

    Yvonne sérieuse au visage pâlot
    A pris du papier blanc et des couleurs à l'eau
    Puis rempli ses godets d'eau claire à la cuisine.
    Yvonnette aujourd'hui veut peindre. Elle imagine
    De quoi serait capable un peintre de sept ans.
    Ferait-elle un portrait ? Il faudrait trop de temps
    Et puis la ressemblance est un point difficile
    À saisir, il vaut mieux peindre de l'immobile
    Et parmi l'immobile inclus dans sa raison
    Yvonnette a fait choix d'une belle maison
    Et la peint toute une heure en enfant douce et sage.
    Derrière la maison s'étend un paysage
    Paisible comme un front pensif d'enfant heureux,
    Un paysage vert avec des monts ocreux.
    Or plus haut que le toit d'un rouge de blessure
    Monte un ciel de cinabre où nul jour ne s'azure.

    Quand j'étais tout petit aux cheveux longs rêvant,
    Quand je stellais le ciel de mes ballons d'enfant,
    Je peignais comme toi, ma mignonne Yvonnette,
    Des paysages verts avec la maisonnette,
    Mais au lieu d'un ciel triste et jamais azuré
    J'ai peint toujours le ciel très bleu comme le vrai.


 Guillaume Apollinaire (1880 - 1918)

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Date de dernière mise à jour : 12/12/2011