Edmond Rostand - Hymne au Soleil

- no title specified

Je t'adore, Soleil ! Ô toi dont la lumière,
Pour bénir chaque front et mûrir chaque miel,
Entrant dans chaque fleur et dans chaque chaumière,
     Se divise et demeure entière
     Ainsi que l'amour maternel !

 

Je chante, et tu peux m'accepter pour ton prêtre,
Toi qui viens dans la cuve où trempe un savon bleu
Et qui choisis, souvent quand tu veux disparaître,
     L'humble vitre d'une fenêtre
     Pour lancer ton dernier adieu !

 

Tu fais tourner les tournesols du presbytère,
Luire le frère d'or que j'ai sur le clocher,
Et quand, par les tilleuls, tu viens avec mystère,
     Tu fais bouger des ronds par terre
     Si beaux qu'on n'ose plus marcher !

 

Gloire à toi sur les prés ! Gloire à toi dans les vignes !
Sois béni parmi l'herbe et contre les portails !
Dans les yeux des lézards et sur l'aile des cygnes !
    Ô toi qui fais les grandes lignes
    Et qui fait les petits détails !

 

C'est toi qui, découpant la sœur jumelle et sombre
Qui se couche et s'allonge au pied de ce qui luit,
De tout ce qui nous charme a su doubler le nombre,
     A chaque objet donnant une ombre
     Souvent plus charmante que lui !

 

Je t'adore, soleil ! Tu mets l'air des roses,
Des flammes dans la source, un dieu dans le buisson !
Tu prends un arbre obscur et tu l'apothéoses !
     Ô soleil ! toi sans qui les choses
     Ne seraient pas ce qu'elles sont !

 

Edmond Rostand
(1868-1918)
(Chantecler, 1910)

1 vote. Moyenne 5.00 sur 5.

Ajouter un commentaire
 

Date de dernière mise à jour : 04/02/2012