La Mort d'Arthur - Livre III - fin

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Auteur : Thomas Mallory

Traduction : Pierre Goubert



Châpitre XI - Suite


-"En Vérité, leur répondit -il, mon nom est messire Tor. J'ai été fait chevalier il y a peu de temps. Ceci est la première quête que j'aie jamais menée en me servant de mes armes. Il me fallait rapporter ce que ce chevalier Abelin avait dérobé à la cour du roi Arthur."

- "Oh! gentil chevalier, dirent la dame et son époux, si vous passez par ces marches, visitez notre pauvre logis. Il vous sera toujours ouvert."
   À donc messire Tor prit congé. Il arriva à Camelot le troisième jour à midi. Le roi et la reine, ainsi que toute la cour, furent bien aises de sa venue et se réjouirent grandement qu'il fût sain et sauf. En effet, il avait quitté la cour bien mal équipé. Le roi Pellinor, son père, lui avait fait don d'un vieux cheval de bataille. Le roi Arthur l'avait pourvu d'une armure et d'une épée.

Hormis cela, il n'avait nul équipement et chevauchait sans compagnie.

Puis le roi et la reine, suivant en cela l'avis de Merlin, lui firent jurer de conter fidèlement ses aventures. Ce qu'il fit, et il apporta des preuves de ses exploits, tels que vous les avez entendus. Le roi et la reine en furent fort satisfaits.

-"  Et pourtant, dit Merlin, ce ne sont qu'enfantillages à côté de ce qu'il fera. Il se révélera noble et preux chevalier. Il vaudra tous ceux qui sont en vie. Il sera gentil et courtois, plein de qualités, toujours fidèle à la parole donnée. Jamais il ne se rendra coupable d'un forfait. « 
   Ces paroles de Merlin eurent pour effet que le roi Arthur lui bailla, avec la dignité de comte, des terres qui lui appartenaient. Ainsi prend fin la quête de messire Tor, fils du roi Pellinor.

 

Chapître XII
Comment le roi Pellinor courut à la poursuite de la dame
et du chevalier qui l'avait enlevée, comment une autre dame requit son aide,
comment il combattit pour la première avec deux chevaliers,
desquels il tua l'un d'un seul coup d'épée

 

LORS le roi Pellinor s'arma, monta sur son cheval et chevaucha bon train àla poursuite de la dame que le chevalier avait enlevée. Comme il traversait une forêt, il vit au creux d'un vallon une demoiselle assise auprès d'une fontaine. Elle tenait entre ses bras un chevalier blessé. Pellinor la salua. Lorsqu'elle s'avisa de sa présence, elle cria le plus haut qu'elle put:

 - " Aidez-moi, chevalier, pour l'amour du ciel, roi Pellinor. !!"

Mais il ne voulut pas s'attarder, tant il était désireux de mener sa quête, et toujours elle criait et criait pour demander son aide. Quand elle vit qu'il refusait de s'arrêter, elle pria Dieu de faire en sorte qu'il eût un jour autant besoin de secours qu'elle en ce moment-là et qu'il en sentît l'absence avant de mourir.

À donc le livre nous dit que le chevalier expira qui était là blessé et que la dame, de trop de chagrin, se tua avec l' épée du chevalier.
   Tandis que le roi Pellinor chevauchait en ce vallon, il fit rencontre d'un pauvre homme, un vilain aux travaux des champs.

-N'as-tu pas vu, demanda Pellinor, un chevalier passer qui emmenait une dame sur son cheval ? »

-Si fait, répondit l'homme, je l'ai vu, et la dame poussait bien des gémissements. Là-bas, dans une vallée en dessous, vous verrez deux pavillons. Un des chevaliers en ces pavillons a voulu prendre la dame à l'homme qui l'emportait. Il a dit qu'elle était une proche cousine et qu'on ne l'emmènerait pas plus loin. Ils se sont battus à ce sujet. L'un disait qu'il aurait la dame par force, l'autre qu'il déciderait de ce qu'elle ferait parce qu'il était son parent, et qu'il la mènerait en sa famille. " 

Le paysan les avait laissés alors qu'ils se battaient en cette querelle.

-" Et si vous faites vite, vous les trouverez encore occupés de cela. La dame a été remise aux deux écuyers dans les pavillons. "

-"Dieu te sache gré de ton aide! "

Lors il galopa, jusqu'à ce qu'il fût en vue des deux pavillons et des deux chevaliers qui étaient aux prises. Vite il alla jusqu'aux pavillons. Il vit la dame qui était l'objet de sa quête et lui dit:

- " Gente dame, il vous faut m'accompagner à la cour du roi Arthur. "

- " Seigneur chevalier, repartirent les deux écuyers qui étaient avec elle, vous voyez là-bas deux chevaliers qui se battent pour cette dame. Allez-y et séparez-les. Mettez-vous d'accord avec eux. Alors vous pourrez l'emmener si bon vous semble."

- "Vous avez raison « , dit le roi Pellinor. Sans tarder il alla se placer entre les deux chevaliers, les sépara et leur demanda pourquoi ils se battaient."

- " Sire chevalier, répondit l'un, je vais vous le dire. Cette dame est une proche parente, la fille de ma tante. Lorsque je l'ai entendue se plaindre qu'elle était avec cet homme contre son gré, j'ai jugé que je devais le combattre. "

- " Sire chevalier, répondit l'autre, qui avait nom Hontzlake de Wentland, cette dame, je l'ai gagnée par haut fait d'armes en ce jour à la cour du roi Arthur."
- " Voilà qui n'est pas vrai, répliqua le roi PeIlinor, car vous êtes entré soudainement, alors que nous étions attablés au grand festin. Vous avez enlevé cette dame avant que quiconque eût pu se préparer. C'est pourquoi l'objet de ma quête est de la ramener, et vous avec, sinon l'un de nous deux restera sur le terrain. La dame m'accompagnera, ou j'y perdrai la vie. Je l'ai promis au roi Arthur. En conséquence, cessez de vous battre, car ni l'un ni l'autre ne l'aura mie aujourd'hui, et si le coeur vous dit de combattre pour elle, combattez-moi. Je la défendrai." 

-- "Soit, repartirent les chevaliers, préparez-vous, et nous vous assaillirons de toutes nos forces.

 Le roi PeIlinor voulut dégager son cheval, mais messire Hontzlake fendit le corps de l'animal de son épée et dit:  

- " Maintenant, tu es à pied comme nous. "

Quand le roi vit que son cheval était mort, avec agilité il quitta les arçons, dégaina son épée, se couvrit de son écu et dit :

- " Chevalier, gare à ta tête! Je vais la frapper pour ce que tu as tué mon cheval." 

Lors le roi Pellinor asséna un tel coup sur le heaume de son ennemi qu'il lui trancha la tête jusqu'au menton et qu'il tomba raide mort.

 

Châpitre XII
Comment le roi Pellinor obtint la dame
et l'emmena à Camaalot à la cour du roi Arthur

 

Puis le roi Pellinor se tourna vers l'autre chevalier, qui était grièvement blessé. Cependant, lorsque celui-ci vit quel coup avait été porté à son adversaire, il refusa de combattre. Il mit un genou en terre et dit :

- " Prenez la dame ma cousine, et emmenez-la si vous le souhaitez. Je vous demande, si vous êtes un vrai chevalier, de ne lui faire subir ni indignita ni vilénie"

- "Quoi ? repartit le roi, ne voulez-vous pas combattre pour elle ? "

- "Non, messire. Je ne combattrai point un chevalier aussi valeureux que vous l'êtes ».

- "Eh bien, dit Pellinor, voilé qui est raisonnablement parlé. Je vous promets qu'elle ne souffrira de ma part d'aucune vilénie, foi de chevalier. Mais à présent il me faudrait une monture. Je vais prendre celle de Hontzlake."

- "Vous n'en aurez nul besoin, repartit l'autre. Je vous donnerai une monture à votre convenance, à condition que vous logiez chez moi. Venez, il fera bientôt nuit ."

- "Je veux bien, consentit le roi Pellinor, rester toute la nuit chez vous." 

 Là il lui fut fait fort bon accueil. Il eut un excellent repas, avec du très bon vin, et la nuit goûta un plaisant repos. Le lendemain matin, il entendit la messe et mangea. Puis on lui amena un beau cheval de bataille de couleur baie. On le sella, de la selle que son cheval avait auparavant.

- " Maintenant, comment dois-je vous appeler ? lui demanda le chevalier. Vous emmenez ma cousine, comme le veut votre quête."

- " Messire, je vais vous le dire. Mon nom est le roi Pellinor des Iles, et je suis chevalier de la Table Ronde."

- "Me voilà satisfait, repartit l'autre, qu'un homme aussi digne dispose du sort de ma cousine." - "Et vous, quel est votre nom ? Je vous prie de me le dire."

- " Messire, mon nom est messire Meliot de Logres, et cette dame ma cousine s'appelle Viviane. Le chevalier qui était dans l'autre pavillon, je le considère comme mon frère. C'est un fort bon chevalier. Son nom est Briant des Iles. Il craint beaucoup de mal agir et répugne à se battre avec quiconque, sauf si on insiste pour lui chercher querelle, de telle sorte qu'il ne peut se retirer avec honneur."

- " Il est étonnant, dit Pellinor, qu'il n'ait pas voulu me combattre. "

- " Messire, il ne veut combattre personne qui ne le désire."

- " Amenez-le à la cour, conseilla Pellinor, un de ces jours."

- " Messire, nous viendrons tous les deux ."

- " Vous serez les bienvenus à la cour du roi Arthur, dit Pellinor, et félicités d'avoir fait le voyage"

 Sur ce, il s'en alla en compagnie de la dame pour la conduire à Camelot.
 Tandis qu'ils chevauchaient au creux d'un vallon, dans un chemin semé de pierres, le cheval de la dame trébucha et la jeta au sol. Elle en eut le bras tout meurtri et faillit s'évanouir de douleur.

- " Hélas! gémit- elle, j'ai le bras déboîté. Il faut que je me repose ".

- "Je veux bien " , répondit Pellinor. Il mit pied à terre sous un bel arbre, où l'herbe était plaisante. Il attacha sa monture à cet arbre, s'étendit à l'abri des branchages et dormit jusqu'au crépuscule.

Quand il s'éveilla, il voulut se remettre en route.

- " Messire, dit la dame, il fait si noir que vous ne pourrez savoir si vous avancez ou reculez. "  Aussi demeurèrent-ils là où ils étaient. Ce fut leur logis. Messire Pellinor ôta son armure. Peu avant minuit, ils entendirent le trot d'un cheval.  

-" Ne bougez point, dit le roi Pellinor, quelque chose va nous advenir. "

 

Chapître XIV
     
Comment, sur son chemin, Pellinor surprit l'entretien de deux chevaliers,
tandis qu'il reposait la nuit dans un vallon, et des aventures de Pellinor et de la dame

 

L à-dessus, il mit son armure. Juste devant lui se rencontrèrent deux chevaliers. L'un venait du nord et l'autre de Camelot. Ils se saluèrent.

- «  Quelles nouvelles de Camelot ? » demanda le premier.  

- »Sur ma foi, répondit le second, j'y étais. J'ai épié la cour du roi Arthur. Il y a là une telle compagnie que jamais on ne pourra les défaire. Presque le monde entier se range aux côtés d'Arthur, car là se trouve la fleur de la chevalerie. C'est pour cette raison que je chevauche vers le nord, afin d'informer nos chefs de cette troupe qui est à la disposition du roi Arthur. "

- é Quant à cela, répliqua l'autre, j'y apporte remède. Ceci est le poison le plus fort dont vous ayez jamais ouî parler. Je vais me rendre à Camelot avec ce poison. Nous avons un ami tout proche d'Arthur et très aimé de lui. Il l'empoisonnera. Il s'y est engagé auprès de nos chefs et a reçu de grandes récompenses pour ce faire. " -

" Méfiez-vous de Merlin, dit son compagnon. Il sait tout par sorcellerie. » - »C'est pourquoi je garderai bouche close. " ..Sur ce, ils se séparèrent.
   Aussitôt Pellinor se prépara, de même que la dame, et ils chevauchèrent en direction de Camelot. En passant près de la fontaine où il y avait eu le chevalier blessé et sa compagne, Pellinor découvrit le corps de l'homme. Celui de la femme avait été entièrement dévoré par les lions ou les bêtes sauvages, à l'exception de la tête. Pellinor s'en désola grandement, pleura beaucoup et dit:

- " Hélas ! j'aurais pu lui sauver la vie, mais j'étais si ardent à poursuivre ma quête que je n'ai voulu souffrir nul délai. "

- " Pourquoi tant vous lamenter? " dit la dame.

- " Je ne sais pas, répondit Pellinor, mais mon coeur éprouve bien du regret de sa mort, car elle était fort belle, et jeune aussi."

-  " Voulez-vous suivre mon conseil ? Emportez le corps du chevalier, et qu'il soit enterré dans

 un ermitage. Puis prenez la tête de la femme et portez-la au roi Arthur. "

Pellinor prit le corps du chevalier sur ses épaules. Il l'emmena à l'ermitage. Il le remit à l'ermite en demandant qu'une messe fut dite pour le repos de son âme.  -

 - " Et pour votre peine gardez le harnais. "

- " Ce sera fait, dit l'ermite. J'en réponds devant Dieu. "

 

Chapître XV
  Comment, lorsqu'il fut venu à Camelot,
on fit jurer à Pellinor sur un livre saint de dire la vérité au sujet de sa quête

 

Là-dessus ils partirent et se rendirent où gisait la tête de la dame avec les beaux cheveux blonds. Le roi Pellinor était saisi d'une vive douleur chaque fois qu'il la regardait, car il aimait beaucoup son visage. À midi ils arrivèrent à Camelot. Le roi et la reine furent bien aises de la venue de Pellinor à la cour. On lui fit jurer sur les quatre évangélistes de ne rien dissimuler de sa quête.

- " Ah ! messire Pellinor, s'exclama la reine Guenièvre, vous fîtes bien coupable de ne pas avoir sauvé la vie de cette dame." 

- " Madame, répondit-il, on est bien coupable de ne pas vouloir épargner sa propre vie, alors qu'on le peut. Mais, pardonnez-moi, j'étais si furieusement attaché à mener ma quête que je ne voulus point m'attarder, et de cela je me repentirai tous les jours de ma vie. "
 - " À la vérité, dit Merlin, vous avez bon motif de vous en repentir, car cette dame était votre fille, engendrée de la dame de Ruel, et ce chevalier défunt était son amant. Il l'eût épousée.

C'était un jouvenceau qui était fort bon chevalier. Son nom était messire Milon des Plaines. Un chevalier survint derrière lui, qui le tua d'une lance. Il s'appelle Lorrain le Sauvage. Il est fourbe et lâche. Si grand fut le chagrin de votre fille et si vive sa douleur qu'elle mit fin à ses jours de l'épée de son amant. Elle se nommait Aline. Parce que vous n'avez pas voulu rester à lui porter aide, vous verrez votre meilleur ami vous manquer quand vous serez dans la détresse la plus grande que vous ayez connue ou connaîtrez jamais. Et la pénitence que voici, Dieu vous l'a imposée pour votre forfait: l'homme auquel, entre tous, vous accorderez le plus de confiance vous abandonnera là où vous serez tué "

- " Je déplore, repartit le roi Pellinor, que ceci doive m'arriver. Mais Dieu peut très bien changer le cours du destin."

Lorsque furent achevées la quête du cerf blanc, laquelle fut menée par messire Gauvain, la quête de la chienne blanche, poursuivie par messire Tor, fils de Pellinor, et enfin celle de la dame enlevée par le chevalier, qui fut confiée au roi Pellinor lui-même, le roi Arthur pourvut tous ses chevaliers. À ceux dont les terres n'étaient pas riches il donna d'autres terres et leur enjoignit de ne commettre ni excès ni meurtres et toujours de fuir la trahison. Il leur commanda aussi de ne faire preuve de cruauté en nulle occasion, mais de prendre à merci qui demanderait merci, sous peine de forfaire à l'honneur et de perdre à jamais sa faveur royale. Il leur fallait toujours porter secours aux dames, demoiselles et nobles dames, faute de quoi on encourait la mort.

À tous il était interdit de se battre dans une mauvaise querelle, qu'il s'agît de contester un droit ou de se disputer des biens terrestres quelconques.

À tout cela les chevaliers de la Table Ronde s'engagèrent par serment, tous, tant vieux que jeunes.

 

Et chaque année ils renouvelèrent leur promesse à la grande fête de Pentecôte.

 


Ainsi se termine «  Le mariage du roi Arthur « .
A venir:
le LIVRE QUATRIEME.

(quand il sera édité en ligne !!)

 

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Date de dernière mise à jour : 02/12/2011