Deux contes thaïlandais

CONTES THAÏLANDAIS

Ces deux contes, où de drôles d'animaux font de drôles de choses, m'ont été contés par Lert Teja, guide de randonnée dans la petite ville de Pai. Ces histoires font partie de la tradition du royaume du Lanna, qui recouvrait le nord de la Thaïlande au 13ème siècle.

 

Que faut-il être ?

 

Il y avait une fois une grenouille qui vivait près d'un monastère. Elle regardait les moines vaquer à leurs tâches quotidiennes, études et autres méditations, sans oublier d'aller chaque matin mendier leur nourriture au village. La grenouille se disait que c'était là une belle vie, pas besoin de travailler ni de cultiver le riz, aucune inquiétude pour le pain quotidien, et elle se prenait à rêver de pouvoir être moine.

Un jour, elle vit les poulets auxquels les moines distribuaient les restes de riz. Finalement, cette vie-là était encore mieux : les volailles étaient nourries sans même avoir la peine de quelques heures d'études journalières. La grenouille se serait bien vue poulet, jusqu'au lendemain où elle vit un chien chasser la volaille en aboyant, et elle se mit à espérer pouvoir être un chien.

Un autre jour, un farang (un occidental) vint au monastère. Il jeta une pierre vers le chien qui s'enfuit à toutes jambes. La grenouille admira soudain la vie de farang : des gens riches, avec une bonne vie. Mais elle vit alors le farang s'enfuit devant un nuage de mouches tourbillonnant autour d'un tas d'ordures. Si le farang avait peur des mouches, se dit la grenouille, alors il valait mieux être une mouche. Après tout, voilà un animal dont tout le monde avait peur et qui volait très vite.

La grenouille se perdait dans toutes ces réflexions lorsque soudain, par réflexe, elle happa avec sa langue une mouche qui passait. En fin de compte, pensa-t-elle en se régalant, elle était aussi bien dans sa peau de grenouille !

Et c'est à cet instant qu'un serviteur du temple la tua d'un coup de bâton et l'emmena chez lui pour son dîner.

 

*

 

Une bête en or

 

Il y avait une fois une homme qui gagnait sa vie en gardant les vaches d'un riche propriétaire. Lorsque son père mourut, il respecta ses dernières volontés bien qu'elles lui parurent fort étranges. Il enterra le corps au lieu de le brûler comme la coutume le voulait, et pendant toute une année il vint fleurir la tombe. Lorsque cette année se fut écoulée, il déterra le crâne de son père, le lava, et le traîna au bout d'une ficelle. Quand celui-ci se coinça entre deux rochers, il le laissa là et s'endormit à côté.

Au matin, il découvrit une bestiole des plus bizarres prise dans le piège du crâne, un petit animal avec quatre oreilles et cinq yeux. L'homme essaya de nourrir la bête, mais elle refusa toute nourriture, jusqu'au soir où elle commença à engloutir les braises du feu. Le matin suivant, en se réveillant, le vacher vit que les crottes de sa bête étaient en or.

Le temps passa, l'homme accumulant les pépites au fond de son jardin, et un jour le roi et sa fille passèrent devant chez lui. Le vacher tomba aussitôt amoureux de la princesse et demanda à son patron d'aller voir le roi pour demander en son nom la main de la jeune femme. Il insista tellement que le patron accepta. Le souverain n'en revint pas qu'un simple vacher puisse désirer la princesse, mais il décida néanmoins de lui donner une épreuve, aussi impossible fut-elle : construite un pont en or devant le palais.

Découvrant cette réponse, notre homme emporta toutes ses réserves d'or chez un orfèvre pour qu'il les fonde sous forme de briques. Lorsque les briques furent prêtes, le vacher passa toute une nuit à construire le pont, et au matin il ne resta au roi qu'à tenir parole.

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Commentaires (1)

1. nelly. 20/10/2013

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Date de dernière mise à jour : 02/07/2021