Légendes Azthèques


 


Le terme "mythologie", chargé de connotations d'un point de vue religieux occidental, n'est pas très adapté au système méso-américain, qui reposait sur le naturalisme religieux. Comme tous les peuples, les anciens Américains se sentaient obligés d'expliquer les phénomènes importants qui se produisaient dans leur environnement, à commencer par leurs origines et leur place dans l'univers. Ils inventèrent des récits de leur cosmos pour les aider à déterminer ce qui était important.

Ces croyances formèrent la trame de leur religion. Pour les anciens peuples de Méso-Amérique, ces récits que nous considérons comme des "mythes" avaient la même fonction que la science et/ou la religion chrétienne dans la société occidentale d'aujourd'hui, et que toute religion ou tout système de croyances dans n'importe quelle partie du monde: ils donnaient à la vie une structure conceptuelle permettant de comprendre les mystères de l'univers.
Vous n'oublierez pas de lire la légende de la création des divers soleils et de celle de Yappan.

Personne ne sait exactement combien de dieux adoraient les Aztèques, peuple très religieux, qui s'établit à Tenochtitlan dans l'actuelle zone de Mexico. Outre leurs propres dieux, les Aztèques adoptèrent toutes les divinités des peuples conquis. Pour certains phénomènes, il existait plusieurs dieux similaires dont les attributions nous sont encore très mal connues. Ces dieux, innombrables, monstrueux dans leur représentation, grands amateurs de sang, heurtèrent la sensibilité et la foi des Conquistadores qui s'acharnèrent à détruire, et à brûler toute trace du passé précolombien. A lui seul l'archevêque Juan de Zumarraga fit brûler ou détruire des dizaines de milliers d'œuvres d'art et de précieux Codex.

La religion pénétrait quasiment dans chaque aspect de la vie méso-américaine, et la cosmologie était indissociable des concepts religieux. Dès l'époque primitive, les thèmes religieux acquirent une grande importance, le symbolisme rituel se manifestant à travers l'art et l'architecture. Les premières expressions physiques de pratiques religieuses apparurent chez les Olmèques du centre-sud de la côte du Golfe, puis peu après dans le centre et le sud des terres montagneuses. Il y avait des centres de cérémonie à l'architecture élaborée, toutes sortes de figurines et de symboles sur poterie, et des stèles de pierre gravées. On ne connaît pas précisément la nature du culte pratiqué dans ces premières enceintes cérémonielles, mais on y a identifié de nombreuses divinités.

La religion méso-américaine se décompose en plusieurs thèmes, exposés en détail dans les doubles pages et les entrées alphabétiques de cette section. Citons notamment le concept de dualité; la mort et l'au-delà; un panthéon de dieux et de déesses présentant des caractères, des fonctions et des manifestations différents selon les occasions ; les sacrifices (animaux, humains et auto-immolations); le caractère cyclique du temps; et le développement des épisodes de la création.

HISTOIRE DES AZTEQUES

 

GENERALITES

Peuple autochtone de l'Amérique moyenne, qui fonda un empire au Mexique. Dans leur langage, dialecte du nahuatl, leur nom (Azteca) signifie le peuple d'Aztlan, origine légendaire de la tribu. Ils s'appelaient aussi Mexica (prononcer "Méchica"). Leur capitale, Mexico, a donné son nom au pays tout entier. Selon leur histoire traditionnelle, ils s'étaient établis à Aztlan vers le milieu du IIe siècle et y vécurent plus de mille ans. Dans la seconde moitié du XIIe siècle (1168?), ils quittèrent ce pays, qu'on peut situer au nord-ouest de l'actuel Mexique ou au sud-ouest des Etats-Unis actuels, pour se diriger vers le sud en une longue migration, conduits par les prêtres soldats dits «porteurs de dieux », conformément aux oracles de la divinité tribale, Huitzilopochli.

Environ un quart de siècle plus tard, on les retrouve dans la région de Tula, à 100 km au nord de Mexico; ils y demeurèrent vingt ans. C'est là sans doute qu'ils commencèrent à s'imprégner des croyances et des mœurs de l'ancienne civilisation toltèque, dont Tula avait été la capitale. Ils célébraient alors pour la première fois, sur la montagne Coatepec, le rite du feu nouveau. Tantôt guerroyant, tantôt s'alliant par des mariages aux populations en place, les Aztèques pénétrèrent au XIIIe siècle dans la vallée centrale du Mexique par la région nord-ouest (Zumpango, Xaltocan). Ils y trouvaient des cités-Etats fortement organisées et belliqueuses. Leur première tentative de création d'un Etat indépendant s'acheva en désastre: le chef aztèque élevé à la dignité de souverain, Huitzilihuitl 1er, fut fait prisonnier et sacrifié.

Devenus les vassaux de cités puissantes, ne possédant en propre aucun territoire, les Aztèques finirent par se réfugier dans les îlots et sur les bas-fonds marécageux de la grande lagune. Ils y fondèrent en 1325 un village de cabanes en roseaux, Mexico, appelé aussi Tenochtitlan (" lieu où le cactus pousse sur le rocher ") : leur dieu leur avait donné l'ordre de s'établir là où ils verraient un aigle, perché , sur un cactus, en train de dévorer un serpent. C'est seulement cinquante ans plus tard qu'ils purent enfin s'organiser en Etat. Leur premier souverain, Acamapichtli, se rattachait à une famille noble d'origine toltèque. Des onze souverains aztèques, quatre ont péri de mort violente:
Chimalpopoca, assassiné sur l'ordre du roi d'Atzcapotzalco;
Tizoc, probablement empoisonné;
Moctezuma II, tué par les Espagnols ou par un projectile lancé par un guerrier aztèque; Cuauhtemoc, pendu par Cortés.

EMPIRE AZTEQUE

 

Ce qu'on appelle couramment l' «Empire aztèque" prit naissance en 1428-1429 sous la forme d'une triple alliance. Les trois Etats de Tenochtitlan, Texcoco et Tlacopan s'associèrent après la défaite de la dynastie militariste d'Atzcapotzalco, qui exerçait son hégémonie sur la vallée centrale.

En fait, le tlatoani aztèque étant investi des fonctions de généralissime des forces confédérées, c'est lui qui devint rapidement le chef suprême, l'empereur du Mexique conquis. Après avoir soumis d'abord l'ensemble de la vallée, les Aztèques et leurs alliés étendirent leur domination vers l'est (plateau de Cholula-Puebla, côte du Golfe), vers le sud (Morelos, côte,du Pacifique), vers le nord et le nord-ouest (plateau de Toluca, région de Tula et de Xilotepec, cours inférieur du Panuco), vers le sud-est (Oaxaca, isthme de Tehuantepec, province maya du Soconusco). Au début du XVIe siècle, l'Empire rassemblait des populations appartenant à des ethnies très variées (Nahuas, Otomis, Huaxtèques, Mixtèques, Maùaltzincas, Zapotèques, etc.), groupées pour les besoins de l'administration en 38 provinces tributaires. Chaque

 

province devait verser aux fonctionnaires aztèques (calpixque) des quantités déterminées de denrées alimentaires, tissus, métaux précieux, plumes d'oiseaux tropicaux, matériaux de construction, caoutchouc, jade, armes, etc., selon des barèmes soigneusement tenus à jour par des scribes. En dehors de cette obligation, les cités et villages conservaient une large autonomie, s'administraient selon leurs coutumes et pratiquaient leurs cultes particuliers. Quelques villes, aux frontières, étaient placées sous l'autorité de gouverneurs aztèques appuyés par des troupes de garnison. Certains petits Etats, amis (Teotiùan) ou hostiles (naxcala), enclavés dans l'Empire, avaient conservé leur indépendance.


CIVILISATION AZTEQUE

INTRODUCTION
Si l'organisation administrative du tribut avait pour résultat de faire affluer à Mexico d'énormes richesses, le commerce, rendu possible par l'effacement des frontières et la paix intérieure, était intense entre la capitale et les provinces. Des corporations de négociants (pochteca), influentes et prospères, détenaient le monopole de ces échanges, tandis que le petit commerce et les métiers les plus divers étaient exercés par des artisans, marchands et marchandes de légumes, poissons ou gibier, menuisiers, sauniers, fabricants de nattes et de paniers, porteurs d'eau, tisserandes, etc. Ceux qui pratiquaient l'artisanat de luxe (orfèvrerie et joaillerie, ciselure, art de la mosaïque de plumes) formaient des corporations respectées. Il en était de même des médecins, sages-femmes, guérisseurs et guérisseuses, tandis que l'opinion et la loi condamnaient sévèrement les sorciers et magiciens. A mesure qu'augmentaient les ressources de la tribu dominante, la capitale, simple village lacustre à l'origine, s'était transformée en une cité de plusieurs centaines de milliers d'âmes. Au centre, sur l'île rocheuse désignée par l'oracle divin, se dressaient les pyramides, les temples, les palais impériaux. Les quatre quartiers, subdivisés en nombreuses fractions (calpulli), s'étendaient sur un millier d'hectares le long de canaux et sur l'île voisine de Tlatelolco. La cité était reliée à la côte du lac par trois chaussées surélevées. Une digue longue de 16 kilomètres, construite sous le règne de Moctezuma 1er, la protégeait à l'est contre l'irruption des eaux de la grande lagune. Deux aqueducs amenaient l'eau potable à la ville depuis Chapultepec et Coyoacan. En raison de la prospérité générale (freinée de 1451 à 1456 par de mauvaises récoltes), la population de la capitale et des villes voisines, Tlacopan, Coyoacan, Culhuacan, Xochimilco, Texcoco, etc., ne cessait de croître. On peut estimer à un million le nombre d'habitants de l'agglomération.

La société aztèque à son origine avait été égalitaire et frugale. Mais, avec le temps et l'expansion de l'Empire, le luxe et la hiérarchie politico-sociale l'avaient profondément modifiée. Le «simple citoyen» (maceualli) menait encore une vie assez semblable à celle des Aztèques de la migration; il cultivait le lopin de terre auquel il avait droit, chassait ou pêchait, devait prendre part aux travaux collectifs (entretien des canaux et des ponts, terrassements, etc.). Mais les négociants disposaient de grandes richesses sous forme de denrées, métaux précieux, plumes, tissus. L'aristocratie militaire, qui se renouvelait d'ailleurs par la promotion de guerriers sortis du peuple, possédait des domaines ruraux et des palais, et recherchait de plus en plus le luxe. Autour d'elle gravitaient serviteurs, métayers, esclaves, et aussi des artistes, sculpteurs, ciseleurs, orfèvres, peintres, poêtes et musiciens.

ADMINISTRATION DE L'EMPIRE

L'administration de l'Empire et la justice étaient assurées par un grand, nombre de fonctionnaires et de magistrats, assistés de scribes, gendarmes, huissiers, messagers. Organisés selon une hiérarchie complexe, ils percevaient en rémunération le produit de terres qui leur étaient affectées. Les conquérants espagnols et Cortés lui-même ne tarissent pas d'éloges quant à l'ordre et à l'efficacité de l'administration, à l'intégrité des juges, à la splendeur et à la propreté de la capitale. L'Etat aztèque, né de la démocratie tribale, était devenu une monarchie aristocratique. Au sommet, le tlatoani ( celui qui parle, qui commande » élu à vie au sein d'une même dynastie par un collège restreint de dignitaires, était assisté d'un « vice-empereur », le ciuacoatl, et de quatre «sénateurs» élus en même temps que lui. Il désignait de hauts fonctionnaires tels que le petlacalcatl, chargé de la perception des impôts et du trésor, le uey calpixqui, préfet de la capitale, etc. Le Grand Conseil (tlatocan, « lieu de la parole, du commandement ») se réunissait sous sa présidence ou sous celle du ciuacoatl pour discuter des décisions importantes, et pouvait repousser jusqu'à trois reprises les propositions du souverain, par exemple en cas de déclaration de guerre.

Tous les enfants, quelle que fût leur origine, recevaient une éducation relevant d'un des deux systèmes en vigueur:
- pour les enfants du peuple, les telpochcalli, collèges de préparation à la vie pratique et à la guerre;
- pour ceux de l'aristocratie, mais aussi pour ceux des négociants et pour les enfants «plébéiens» que l'on destinait à la prêtrise, les calmecac, monastères-collèges qui dépendaient des temples.
Dans ces derniers, on enseignait l'histoire traditionnelle, la religion et les rites, l'écriture pictographique, la lecture des livres sacrés, la musique et le chant. Il existait d'ailleurs des écoles de chant ouvertes aux jeunes gens de la classe populaire.

Reliée à la classe dirigeante par de multiples liens familiaux, mais distincte d'elle, influente à coup sûr dans les affaires publiques mais non mêlée directement à la gestion de l'Etat, la classe sacerdotale était nombreuse et respectée. A la tête de la hiérarchie se trouvaient les deux grands-prêtres égaux appelés Serpents à plumes, assistés d'un «vicaire général », lui- même entouré de deux coadjuteurs. Groupés en collèges au service de telle ou telle divinité, ou répartis dans les quartiers comme simples desservants, les prêtres avaient à leur charge non seulement le culte, mais l'éducation supérieure et les hôpitaux destinés aux pauvres et aux malades. Le clergé disposait d'immenses richesses en terres et en marchandises de toute sorte, qu'administrait un trésorier général.

RELIGION

Cantico

La vie des Aztèques était dominée par la religion, que caractérisaient un panthéon foisonnant, une riche mythologie, un rituel complexe fertile en épisodes dramatiques et sanglants mais aussi en cérémonies grandioses et en émouvante poésie. La civilisation aztèque avait réalisé la synthèse des diviuités astrales des tribus nordiques (Huitzilopochtli, Tezcatlipoca), des dieux agraires adorés par les anciennes populations sédentaires (Tlaloc, Chalchiuhtlicue, etc.), des dieux étrangers tels que Xipe Totec (Oaxaca) ou Tlazolteotl (déesse de l' amour chez les Huaxtèques).  

Les sacrifices humains, très fréquents, correspondaient à deux conceptions distinctes.

Tantôt le sang et le cœur des victimes étaient offerts aux dieux, plus particulièrement au Soleil, afin d'assurer la marche régulière de l'univers; tantôt les victimes incarnaient le dieu et mimaient son drame mythique, jusqu'au moment où leur sacrifice transférait leur force vitale à la divinité représentée. Les sacrifiés, de même que les guerriers tombés

 

 

CORTES

Conquérant espagnol du Mexique (Medellin 1485 - Castilleja de la Cuesta, près de Séville, 1547).

Cortès

 

 

 

Hernan Cortes entrant dans Tlaxcala en 1520

Colomb avait ouvert la voie d'un monde nouveau, mais il avait échoué dans la quête de l'or, qui était l'un de ses grands objectifs; un autre de ses buts, la conquête des âmes, sera de courte durée, puisque les Antillais disparaîtront à peu près complètement après l'occupation de leurs îles par les chrétiens. Cortés, lui, trouvera de l'or en quantité appréciable et des âmes nombreuses à sauver dans cette immense Terre-Ferme qui barre le chemin de l'Orient et que Colomb aurait tant voulu percer lors de son dernier voyage. Mais lui aussi, malgré son œuvre qui égale presque celle du Découvreur, sera la victime d'une certaine disgrâce : ses conquêtes ne suffiront pas non plus à répondre aux immenses besoins de son souverain; d'autres conquistadores devront chercher plus loin encore de quoi nourrir la grandeur de l'Espagne.

Une longue maturation
De petit noblesse campagnarde, le futur conquistador commence à quatorze ans de bonnes études à la grande université de Salamanque. Rebuté par certaines matières, sans doute incapable de faire bonne figure parmi ses camarades plus fortunés, turbulent et agité, il se tourne vers le métier des armes et fait ses classes dans la redoutable infanterie espagnole. Mais les « Indes » ont plus d'attrait que les champs de bataille d'Italie, et le jeune homme cherche vite à s'embarquer sur la mer océane. Arrivé à l'île d'Hispaniola (Haïti) en 1504, il y obtient, en vertu du système du « repartimiento », une concession de terre et les Indiens nécessaires pour la travailler. Dès lors, son existence se partage entre des intrigues amoureuses (qui lui valent, de la part de jaloux, les balafres de son visage) et les expéditions dans l'intérieur de l'île pour réduire les révoltes des Indiens. En 1511, il participe à la conquête de Cuba, secondant le gouverneur de l'île, Diego Velàzquez. Une rivalité implacable se développe bientôt entre les deux hommes, et Cortés prend la tête d'une cabale de mécontents, ce qui lui vaut plusieurs arrestations; il s'évade chaque fois, se réconcilie avec Velàzquez et se retrouve finalement « alcade » de Santiago de Baracoa.

L'expédition vers la Terre-Ferme
Entre-temps
, des expéditions vers la Terre-Ferme, parfois tragiques, ont montré que l'or n'y est pas rare. Il est temps pour Cortés de se faire « conquistador » : son sens aigu des réalités l'a peut-être porté à attendre que ses prédécesseurs « essuient les plâtres » avant de se lancer dans une entreprise hérissée certainement d'immenses difficultés. De nouvelles intrigues lui valent le commandement d'une expédition : la fortune qu'il a commencé à édifier va servir à la commanditer en grande partie.
Malgré Velâzquez, qui cherche à lui enlever au dernier moment la responsabilité de l'entreprise, Cortés quitte Santiago de Cuba le 18 novembre 1518, complète son approvisionnement à Trinidad, sur la côte sud de l'île, et part pour le Yucatân le 18 février 1519, avec 11 navires, 508 soldats, 10 canons de bronze et surtout 16 chevaux. Expédition importante eu égard aux ressources limitées des nouvelles îles espagnoles; dérisoire si on la compare à ses conséquences, la soumission d'un immense empire au cœur de la région la plus peuplée de l'Amérique.
Après un séjour à l'île Cozumel, on part le 4 mars pour le continent et l'on pénètre dans la baie de Campeche. Le 12, on mouille près de la ville de Tabasco. Le lendemain, les mousquets viennent aisément à bout des gens du continent, et Cortés prend possession du pays. Le 25, terrifiés par des monstres inconnus, les chevaux et leurs cavaliers engoncés dans leur armure, les Indiens de Tabasco sont définitivement défaits et font leur soumission. Les conversions commencent aussitôt, la plus rentable étant celle de la belle Malintzin, qui devient  
Dona Marina et qui, plus encore qu'une tendre maîtresse, sera une très précieuse conseillère et interprète pour Cortés.

Les premières conquêtes.
Après un long voyage côtier, les Espagnols débarquent le 21 avril près d'une localité qui sera baptisée San Juan de Ulùa. Le gouverneur de la région accueille les visiteurs, mais ne se laisse pas trop impressionner par leurs merveilles techniques et leurs chevaux; il vante la grandeur de son maître, l'empereur Moctezuma. Pourtant, la confiance de ce dernier est rongée par une sombre prophétie, celle d'un dieu très vénéré, Quetzalcôatl : des conquérants venus de l'Est, barbus et à la peau blanche, détruiront l'Empire aztèque. Contre ces adversaires, l'empereur cherche d'abord à temporiser. De magnifiques présents sont offerts aux visiteurs indésirables, notamment un grand disque en or finement gravé, représentant le Soleil. Ces richesses attisent évidemment l'envie de Cortés d'aller plus avant dans ce pays : on touche peut-être, enfin, à ces contrées décrites par les anciens récits de voyages et dans lesquelles l'or pave les rues des cités...
Un premier obstacle vient des Espagnols eux-mêmes, des adversaires plus ou moins déclarés de Cortés. Avec habileté, ce dernier confirme son autorité en se faisant élire capitaine général d'un nouvel établissement espagnol, « Villa Rica de la Vera Cruz », à 80 km de l'actuelle Veracruz. Vis-à-vis des Indiens, il fait bientôt preuve, également, de son génie politique en soulevant la population d'une ville voisine, Cempoala, contre les collecteurs d'impôts de Moctezuma. Mais, par un double jeu machiavélique, il libère les fonctionnaires impériaux, ce qui pourra inciter Moctezuma à penser que les mystérieux visiteurs peuvent être des alliés contre les rebelles de la côte.

La montée vers Tenochtitlân.
Par son extraordinaire décision de «brûler» ses vaisseaux (en fait, ils sont simplement échoués et leur coque est percée), Cortés oblige enfin tout son monde à le suivre vers l'intérieur bon gré mal gré (16 août 1519). Après avoir quitté la « tierra caliente », à la végétation exubérante, on atteint les environs de Tlaxcala, cité réputée pour son hostilité latente au pouvoir central. Les 1er et 2 septembre, deux grandes batailles ont pourtant lieu contre les troupes de la région, qui sont décimées par la petite artillerie espagnole et dispersées par la science "militaire de soldats qui ont été à l'école de la plus fameuse armée du monde. Les gens de Tlaxcala doivent se soumettre; ils offrent même leur alliance, et les Espagnols leur donnent peu après l'occasion de noyer dans le sang une vieille rivalité avec les habitants de la ville de Cholula : des milliers de victimes innocentes sont le prix de la politique tortueuse de Cortés. Mais la voie de Tenochtitlàn, la capitale de l'Empire, est désormais ouverte. Cortés s'y lance le 1er novembre par une route déjà enneigée, au pied du Popocatepetl.
Pour tenter encore de l'arrêter, Moctezuma propose un tribut aux Espagnols s'ils consentent à cesser leur randonnée. Sans succès : une dernière embuscade, dirigée par le propre neveu de l'empereur, ne vient pas à bout de la résolution espagnole. Enfin, le 8 novembre, c'est la dernière étape vers la capitale, édifiée sur une lagune : on l'atteint par des digues de plus en plus larges. Moctezuma doit se résoudre à accueillir, très cérémonieusement, l'envahisseur, auquel il fait une sorte de soumission en l'assimilant au grand Quetzalcôatl
.

Cortés établit son pouvoir
Quelques jours plus tard, la visite du grand « teocalli », où des autels ruissellent encore du sang des victimes sacrifiées aux divinités aztèques, permet à Cortés de dénoncer les abominables faux dieux : le contact des deux civilisations ne peut plus s'accommoder d'une certaine coexistence. Malgré la sympathie certaine qui le lie à Moctezuma, en qui il voit une malheureuse victime de Satan, Cortés saisit un prétexte, l'assassinat de quelques Espagnols à Villa Rica, pour s'emparer de la personne de l'empereur. Complètement démoralisé depuis longtemps, Moctezuma abdique au profit de Charles Quint.
A peine ce triomphe acquis, Cortés doit lutter contre d'autres adversaires, ses propres compatriotes, qui ne croient pas, eux, à sa quasi-divinité... Un envoyé de Velàzquez, Pànfilo de Narváez, débarque au Mexique le 23 avril 1520, avec 900 soldats, pour mettre à la raison le vainqueur des Aztèques, qui n'est qu'une sorte de rebelle. Le 29 mai, Cortés et ses 266 hommes remportent une victoire totale sur Narváez, dont les soldats se joignent aussitôt aux premiers occupants.

Perte et reprise de la capitale
 
Mais les gens de Tenochtitlàn, victimes d'un massacre effectué par les Espagnols restés sur place, se sont soulevés entre-temps, et Cortés, de retour, ne peut venir à bout des insurgés malgré l'intervention de Moctezuma en faveur des envahisseurs (lapidé par les siens, l'ancien empereur mourra quelques jours après, peut-être achevé par les Espagnols).

Cortés doit battre en retraite dans la nuit du 1" juillet : c'est la « noche triste », car, surpris sur les digues, les Espagnols se débandent; 450 d'entre eux sont tués, et leur riche butin est perdu. Blessé, Cortés se réfugie chez ses amis de Tlaxcala. Pour reconquérir la capitale, il s'établit à Texcoco, sur la lagune. L'assaut est donné par les digues, mais aussi par les eaux grâce à treize embarcations dont les éléments ont été amenés à dos d'homme depuis le littoral du golfe du Mexique. Le nouvel empereur, Cuauhtémoc, oppose une résistance farouche, et les Espagnols doivent s'emparer de la ville maison par maison. Le 13 août 1521, la capitale, en ruine et remplie de cadavres, est enfin totalement occupée.

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Date de dernière mise à jour : 02/07/2021